2 h du matin : sauvetage hélicoptère

Publié le par Un macaron, une glace et deux chocolatines

2 heures du matin, une sonnerie fatidique me réveille ( ou plutot déclenche en moi une montée ambivalente d'angoisse et d'énervement - car je ne dormais pas réveillée depuis 20 minutes par la toux de ma grande ).

L'écran du portable d'astreinte affiche "SAMU du Havre" !!!! Ouh la !!!

 

" Bonsoir, vous avez un patient de 60 ans qui se plaint de douleurs sous les côtes au niveau du foie - je traduis pour les non-initiés - depuis trois heures après un coup. Il a soif. Nous suspectons une hémorragie interne. Vous rallierez l'hélico et assurerez son transport jusqu'au CHU de Caen"

" Au fait, il est sur un voilier, seul... Bon courage ! "

 

2h 20 : habillée, après avoir avalé un verre de Coca pour me réveiller, je fonce en voiture. Mon infirmière est prévenue, prépare les drogues. Je n'ai pas mon badge, j'ai à peine mis mes lentilles ( histoire de ne pas  perdre mes lunettes à la baille ) ... Le pilote m'appele " vous êtes où ???" Grrr...

 

2h30 : je suis sur la DZ.

 

2h45 : l'hélico décolle. Durant tout le transport je prie pour que le patient soit conscient et que ses constantes soient bonnes. Morphine, solutés de remplissage adhoc à portée de main. J'évite le mot "intubation".

 

3h15 : on arrive sur zone. On tourne on tourne...le plongeur sort d'abord. Le voilier fait tout petit vu d'en haut. Je descends la première puis mon infirmière suit.

 

3h30 :Le patient est debout, en nausées.  Bonnes constantes, EVA à 10 - grosse douleur...Auscultation impossilbe mais les bruits transmis sont symétriques. La palpation est souple mais douloureuse. Pas d'hématome visible. Conjonctives normales. Pas de marbrures.

Je lui passe 5 mg de morphine en SC qui le calme très vite. Nous lui posons une voie et direction l'hélico en gouttière. Mais le patient s'agite, redemande de la morphine... Nous n'avons  pas le temps. La voie ne tient pas bien, je ne veux pas le surdoser et la suspicion d'hémorragie interne ( malgré les bonnes constantes ) m'effraie assez pour que je veuille décoller le plus vite possible.

 

Le trajet se passe collés-serrés dans le fond de l'hélico. Je suis assise sur mon sac de médicaments. Techniquer le patient serait impossible. Je prie toujours pour que tout aille bien.

 

4h : nous arrivons au déchoc du CHU de Caen. Le patient va toujours bien mais toujours aussi algique.

Nous quittons à 5h après ravitaillement

 

6h : Nous arrivons à l'infirmerie. Enfin !

 

6h 30 : je rentre chez moi et réintègre frigorifiée mon lit douillet ( oui je sais j'ai osé dormir un peu après cette nuit chargée d'émotions )

 

16h : ... j'appele à Caen. Je n'arrive pas à avoir beaucoup d'informations. L'externe étant réticente à me livrer des données confidentielles, je la supplie presque. Je comprends que le scanner était rassurant et que mon sympathique monsieur est calmée par un bon traitement anti-douleur de cheval.

Me suis je déplacée que pour quelques côtes cassées? L'avenir me le dira.

 

Au final, un très bon exercice grandeur nature. Les rudiments que l'on nous a enseigné tout au long de nos études m'ont été d'un grand secours. Et l'infirmière a beau pensé le contraire, j'étais morte de trouille !

 

Le plus beau de l'histoire : mon patient, il était médecin ! !

Publié dans La vie mili...

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françoise24 22/10/2010 21:26


Et bien chapeau madame !!!
bravo, même si c est ton métier !!! ça mérite quelques compliments !!
bisous


Un macaron, une glace et deux chocolatines 25/10/2010 22:59



Merci merci...je suis toute émue.


Le récit vous donne aussi l'envers du décor : le médecin aussi ressent quelques émotions à intervenir dans un lieu inconnu à une heure peu commune. Le but du jeu : laisser transparaitre le moins
possible que, justement, on stresse...



stef de fla 17/10/2010 11:33


Au moins tu as une vie faite de rebondissements!


Un macaron, une glace et deux chocolatines 25/10/2010 22:53



Humm..je m'en passerai bien des fois. Mais bon, il n'y a pas de moment idéal pour aller récupérer un patient au milieu de la mer. Il y en a juste certains qui sont pires.


Heureusement que mon mari était là pour assurer l'interim le lendemain matin.


Bises à toi


 


 



Camille 30/09/2010 21:06


Diane, géant ton récit. En tout cas pour avoir bosser avec toi je doutes pas de toi ! ET tu sais les Inf ont aussi la trouille mais quand on sait que le médecin est là on est bien rassurés ;-) !!!
Gros bisous et COurage !