Demain, j'aurais le coeur lourd

Publié le par Docteur Chocolatine

 

Elle est venue il y a quelques jours dans mon bureau. Elle pleurait en me disant qu'elle ne voulait pas garder cet enfant. Elle pleurait parce que, me disait-elle, elle appréhendait de me le dire.

Elle disait que ce n'était pas le moment, que sa situation n'était pas assez stable, qu'il leur manquait, à tous les trois, un environnement satisfaisant.

Elle disait qu'elle ne se sentait pas prête.

Je n'ai rien pu faire. J'ai voulu lui dire tout ce que j'avais sur le coeur mais je ne pouvais pas. Je lui ai donné des documents sur les aides aux femmes enceintes, à la naissance, à la garde d'enfants, des numéros de téléphone.

Je lui ai dit que je penserai à elle.

 

Elle est partie et c'est moi qui ai eu le coeur lourd.

Elle est partie et je me suis prise à souhaiter de porter cet enfant dont elle ne voulait pas.

Elle est partie et j'ai presque eu envie de négocier avec le Bon Dieu "Une vie contre ce tout petit, MA vie contre ce tout petit". Mais je sais qu'on ne négocie pas avec le Bon Dieu.

 

foetus.jpg           foetus10

 

Alors j'ai demandé à mes enfants de prier pour elle, j'ai pensé à elle jour et nuit jusqu'à aujourd'hui...et je sais qu'elle partira demain dans ce centre.

 

Je sais que certaines liront ce texte et auront mal, que d'autres liront ce texte et se diront "de quel droit?", que d'autres ne le liront pas...

 

Parfois, ce métier, je ne voudrais pas le faire. Parfois, je voudrais oublier que si je me dois de préserver la Vie, certains ne croient pas en cela.

 

La seule chose que je peux me dire pour "me consoler", c'est que je l'ai rendu libre de son choix en lui donnant toutes les informations sur l'autre choix, le choix de la Vie.

 

Demain, je serai triste parce qu'un tout-petit sera parti au Ciel. Parce que je n'ai pas réussi à empêcher ce jour là, parce que je n'ai pas réussi à convaincre sa maman malgré tout l'amour que j'ai pu essayer de lui transmettre.

 

Demain, comme probablement cette jeune femme, je voudrai pleurer.

 

 

 

 

 

 

Grandir de Thomas Pouzin

 

Le jour s'est levé
Maman a pleuré
alors j'ai compris que tout allait changer
je ne vois pas pourquoi
je ne sais pas pourquoi
mais ma vie va basculer
tout allait si bien
jusqu'à ce matin
maintenant j'ai peur
et je serre les poings
que va-t-il se passer
dis moi où aller
mais que va-t-il m'arriver

Laisse moi grandir encore un peu
je veux pas mourir, monter aux cieux
ne pas trembler sous leurs armes
et laisser couler mes larmes
laisse moi sourire encore un peu
malgré ce pire qui tue le mieux
je veux voir souffler le vent
sur mes rêves d'enfant

mais qu'est-ce qu'il m'arrive
mais qu'est-ce qu'il se passe
tout a basculé autour de ma surface
je n'entends plus rien
je ne vois plus rien
j'ai peur maintenant de la fin
tout va si vite
non je ne peux plus
la mort a déjà pris le dessus
je ne sens plus rien
je ne sens plus rien

Je viens de mourir
sous vos yeux
Je viens de souffrir
mais qu'est-ce que j'y peux
je ne verrais pas souffler le vent
sur mes rêves d'enfant
je viens de partir vers les cieux
je ne pourrais pas grandir même un peu
je ne comprends pas pourquoi
on ne m'a pas laissé le choix

Laisse moi grandir encore un peu
je veux pas mourir, monter aux cieux
ne pas trembler sous leurs armes
et laisser couler mes larmes
laisse moi sourire encore un peu
malgré ce pire qui tue le mieux
je veux voir souffler le vent
sur mes rêves d'enfant

 

Publié dans Vivre en chrétien

Commenter cet article

marie 10/07/2014 14:00


je reviens sur vos mots ' je lui ai donné toutes les informations pourqu'elle soit libre de son choix ' , je ne pense pas qu'une femme puisse avoir le sentiment d'être libre de faire ce choix


même avec tout plein d'informations à sa disposition ... un ami médecin m'a dit un jour ' tu as pris cette décision à un moment précis , avec les données et les réalités du moment , n'y
reviens plus ' , je crois qu'il a raison ,je dois regarder devant , prendre soin de mes amours chéris .


ma soeur est décédée à PÂques , laissant deux enfants , l'un en fac de médecine et l'autre passant son bac , tout le monde s'en est sorti avec succès malgré cette terrible année , je me suis dit
que les graines bien plantées poussaient même dans la tempête , alors je vais essayer de suivre l'exemple de ma soeur qui elle aussi avait un jour pris cette même décision


merci pour vos mots

marie 10/07/2014 13:52


bonjour ,


je cherchais la recette des pancakes à la farine de blé noir et je tombe sur cet article .moi aussi j'ai pris cette décision à 23 ans , mettre fin à une vie , décider que non ça n'est pas le bon
moment ...je suis tombée enceinte un soir de sainte Catherine ... mauvaise rencontre , respect de moi même au plus bas , et je me suis laissée aller dans les bras d'un homme qui m'a dit ' tu sais
tu ne seras pas la première à avorter de moi ' avoir un enfant de cet homme , inmaginable ,la question ne se posait même pas .


je suis allée faire une prise de sang , les résultats  , le jour de mon anniversaire , m'ont mise chaos .pendant 10 ans je n'ai pas sû dire mon âge sans réfléchir . je suis partie à
l'hopital en me disant , tu as un problème , tu le rêgles . je suis partie seule , avortement par aspiration , sans anesthésie , avec un sentiment de culpabilité tranmis par l'équipe médicale ,
j'ai fait un malaise , sentiment que l'on m'aspirait les tripes ...


et puis je suis rentrée et là , j'ai compris ce que je venais de faire , mon ventre était vide , j'avis décidé d'arrêter une vie


à 26 ans , il m'a fallu 6 ans pour tomber enceinte , après 5 fausses couches , je chantais chaque jour à mon bb qu'il fallait grandir en moi .


je me disais que mes bb savaient qui j'étais , une sorte de tueuse de bb , et qu'ils préféraient pourir ( labsus !! mourir  ) plutôt que de grandir en moi .


puis mon fils est arrivé , Pierre , puis mes jumeaux , Victoire , la bien nommée et François . devenir mère est un cadeau merveilleux , inestimable ,


j'ai fait ce que j'ai pu avant , sans savoir , sans avoir la capacité de me poser les bonnes question , sans faire le point sur les possibles


je relis mon messages , ma tête est folle quand j'écris ces mots , les lettres ne s'écrivent plus dans l'ordre


penser aujourd'hui à ce bb parti , à ce grand enfant , est toujours douloureux . Dieu m'a peut être pardonnée puisqu'il m'a fait confiance en me donnant trois magnifiques enfants

Elise 16/12/2013 09:51


Ma chère Diane,


Je trouve ton post au moment même où cette question se remet à hanter mon esprit. Tu sais que je me suis déjà imaginée dans une situation qui m'amènerait à me poser ce cas de conscience. Je ne
prétends pas être forte au point de refuser de me laisser le choix, non pour des raisons pratiques, mais pour des raisons que nous avons évoquées ensemble déjà et qui me pousseraient peut être à
bannir la vie qui ne promettrait que douleur à celui que je porterais. Pourtant, tu ne m'as pas jugée, et j'ai même au fond de moi le sentiment que tu m'as comprise. Je sais que cela t'a coûté de
devoir te taire, mais c'est sans doute ainsi que l'on respecte le mieux la liberté que Dieu nous a laissée. Si les voies du seigneur sont impénétrables, elles sont surtout parfois
inconciliables...

nathalie 15/11/2013 01:55


Pas facile le métier de soignant ........ Je penserai à elle et à toi Diane 

catherine 13/11/2013 19:20


Et que dire du poids qu'elle portera durant toute sa vie...Elle ne s'en remettra pas et ne le sait pas encore...

agnes 13/11/2013 18:35


mais demain vous pourrez vous dire qu'elle savait qu'elle trouverait en vous une oreille pour l'ecouter et "'accepter" sa décision malgré vos convictions .et que vous avez du lui apporter
beaucoup de choses dans votre entretien .

S. Nathalie 13/11/2013 17:27


C'est bien triste en effet mais tu l'as accompagné au mieux...... 


J' espère que sa décision est mûrement réfléchie car ce doit être difficile à encaisser par la suite.


En UDP.

Docteur Chocolatine 14/11/2013 21:25



Oui, j'ai fait ce que j'ai pu, comme on dit.



Lambert 13/11/2013 17:15


Votre billet m'a ému et je compatis à votre douleur, votre métier n'est pas facile et je vous admire. Mes amitiés.

Docteur Chocolatine 14/11/2013 21:21



Merci de votre message. Je ne fais pas grand chose, vous savez. Juste écouter...A bientôt ! Et merci !



camille 13/11/2013 17:05


merci pour cette chanson que je ne connaissais pas et qui est très belle malgré sa gravité!!!

Anne-Claire 13/11/2013 17:03


Un choix qu'il est extrêment difficile à faire je pense. Mais soutenir les gens et ceux quoi qu'ils choisissent, c'est aussi notre devoir. Mais pas facile quand nos convictions ne sont pas
celles-ci!

Docteur Chocolatine 14/11/2013 21:22



Merci Anne-Claire ! Pas facile, oui...au quotidien.



camille 13/11/2013 16:57


ma belle Diane


comme je te comprends!!! tu dois être bien en peine mais tu as en effet fais ton devoir et tu lui as donné tous les moyens de prendre sa décision aussi librement que possible . qd on y pense elle
n'était pas libre le travail, le logement peut être son entourage autant de pressions qui l'ont poussé à faire ce choix....


udp pour cette jeune femme et pour que malgré tout elle puisse vivre en paix!